Enso Cercle Japonais

Enso cercle japonais : invitation à la méditation

L’ enso cercle de la calligraphie japonaise est une véritable invitation au calme et à la méditation. Il représente par sa forme simple et par son fond plus complexe l’esprit de ce blog.

Sa simplicité et son traçage imparfait fascinent car notre intuition devine que, derrière ce cercle, il y a bien autre chose, qu’une simple représentation circulaire.

Je vous propose dans cet article de partir à sa rencontre.

1 – OBSERVATION D’UN ENSO CERCLE JAPONAIS

 Prenons le temps de regarder l’une de ses représentations…

Que voyons-nous au premier coup d’œil ?

enso cercle

Une courbe imparfaite, l’ébauche d’un cercle et, à l’intérieur comme à l’extérieur, du vide.

2 – SIGNIFICATION DE L’ENSO CERCLE JAPONAIS

Qu’est-ce que l’enso cercle dans ses grandes lignes ?

Au Japon, l’enso est un dessin tracé à l’encre. Il est marqué par le minimalisme habituel de l’esthétique japonaise. On le retrouve souvent dans la calligraphie japonaise et plus particulièrement dans la calligraphie du bouddhisme Zen.

Le trait d’encre est réalisé au pinceau (de diverses épaisseurs) sur de la soie, du papier de riz, voire même sur des toiles de grand format pour ses représentations les plus contemporaines. (Voir le travail de Fabienne Verdier). Il est réalisé d’un seul trait de pinceau, sur une seule expiration.

Dans le bouddhisme Zen, lorsque l’on trace l’enso, le geste se doit d’être libéré de toute inhibition que crée l’égo. Il exprime ainsi un moment où l’esprit juste permet au corps de créer.

L’enso cercle japonais peut être représenté complètement fermé ou légèrement ouvert, il peut être finement tracé ou brossé grossièrement, de manière régulière ou volontairement irrégulière. Une légère ouverture laissée par le coup de pinceau et le cercle prend alors par exemple la signification de l’ouverture d’esprit.

enso cercle

Dans le zen, il symbolise entres autres : l’éveil, l’univers, la vacuité et l’énergie (Qi chinois ou Ki japonais). On le traduit aussi par « cercle des lumières » ou « cercle de l’infini », c’est alors le symbole de l’illumination ou de l’univers sans limite. Pour d’autres, il représente le cycle sans fin de la vie (karma), mais aussi la simplicité, la plénitude ou l’harmonie entre les éléments.

L’enso (enso cercle) est un symbole spirituel de grande importance puisqu’il combine le visible et l’invisible, il est le vide, la simplicité, la plénitude.

L’enso présente, en outre, une étroite relation avec la singularité du moment de sa création, rendant cette œuvre non reproductible. Il est d’ailleurs couramment admis qu’il révèle l’état d’esprit de celui qui l’a peint au moment de sa réalisation. Il exprime alors la totalité de l’être et symbolise l’éveil et l’énergie.

enso cercle

Bien que sa forme soit très simple, son essence est difficile à définir. Comme nous venons de le voir, ses représentations sont diverses et sa signification n’est jamais fixe, jamais figée.

En résumé, vous l’avez compris, enfermer l’enso dans une définition reviendrait à le réduire à un simple cercle, ce que bien sûr il n’est pas. La signification de l’enso dépend de nombreux facteurs : la personne qui le trace, le contexte, le support, sa forme mais également celui qui l’observe.

Enso est donc un électron libre polymorphe. Il nous invite à nous placer en tant qu’observateur, au-delà des apparences. Il suggère plutôt que d’affirmer. Voilà en quoi il est subtil.

Voyons ce que l’enso N’EST PAS 

Deux caractères japonais (kanji) forment le mot enso : 円 相. Le premier signifie cercle, le second propose notamment les notions de « proche de », de « presque ». Littéralement, sa traduction serait : « presque un cercle ».

L’ enso cercle japonais ne se résume donc pas à un simple cercle (car celui-ci n’est pas toujours fermé) il peut se concevoir non fini, ouvert, invitant davantage au vide. Il s’oppose alors au cercle des mathématiques qui se définit par un point étendu et organisé autour d’un centre et dont le mouvement circulaire est parfait. Il ne répond pas à la définition géométrique du cercle.

L’enso n’est donc pas un cercle toujours fermé.

Ce n’est pas non plus un cercle parfait dans le sens esthétique car la main ne peut dessiner un cercle parfait. Il peut être tracé ou brossé grossièrement, de manière régulière ou irrégulière. Sa perfection ne réside pas dans une quelconque perfection géométrique.

Par conséquent, l’enso n’est pas non plus un cercle parfait.

enso cercle

3 – LES FORMES D’ENSO

Les peintures d’enso peuvent comporter un court texte (San). Celui-ci sert de commentaire permettant d’approfondir le contenu et l’intention de l’œuvre. Ces caractères accompagnent l’enso mais ne sont pas présents pour l’expliquer car l’enso se ressent mais ne s’explique pas, c’est simplement une invitation.

Là non plus il n’existe pas de règles. Le poème ou le texte est parfois à l’extérieur (à gauche, à droite, en haut, en bas) et parfois à l’intérieur de l’enso. Parfois il n’y a qu’un caractère, un dessin ou un point.

enso cercle

On répertorie généralement six types d’enso : 

Enso Miroir : Sans inscription, la vacuité de l’objet se montre directement à la vacuité de l’observateur. 

Enso Univers : Le cercle fermé montre un achèvement et la ligne qui fait retour sur elle-même, une infinité. La vacuité (au-delà du vide et du non vide) se montre à travers la vacuité de l’Univers. 

Enso Lune : Pleine et entière, illuminée par le soleil. La vacuité sans nom se montre à travers la vacuité de l’éveil. 

Enso Roue : Tout est impermanence, la vacuité sans support se montre à travers la vacuité d’un mouvement et d’une limitation. 

Enso Gâteau sucré : “Boire du thé, manger des gâteaux de riz, c’est la même chose.” La vacuité sans opposition se montre à travers la vacuité indifférente ou non différente. 

Enso “Qu’est-ce que c’est ?” : La vacuité sans concept se montre à travers la vacuité de l’esprit.

4 – SON RAPPORT AVEC CELUI QUI LE TRACE

Alors qu’exprime-t-il au-delà de sa définition et de sa forme ?

Il représente « l’entièreté de la personne qui le trace », l’état intérieur à un moment présent, une photographie mais, à la différence de celle qui est capturée par un appareil photo, elle n’est pas uniquement en surface et évoque la dimension humaine, l’état d’esprit d’une personne au moment de sa réalisation.

A chaque enso, à chaque cercle tracé, on a accès à un état d’esprit à un moment présent.

L’initié, qui observe la représentation d’un enso, appréhende en un simple coup d’œil la dimension intérieure de celui qui le trace. L’enso peut alors être vu comme un indicateur d’un cheminement sur la voie.

Certains maîtres du bouddhisme Zen l’utilisaient comme outil afin de connaître le niveau d’éveil de leur disciple.

Comment tracer un enso ?

On peut commencer à n’importe quel endroit, le plus souvent en bas à gauche et tourner aussi bien dans le sens des aiguilles d’une montre qu’à l’inverse. Son point de départ, situé généralement en bas à gauche, peut débuter à n’importe quel endroit de la forme. On peut le tracé fermé ou non.

Les instruments et techniques pour tracer l’enso sont identiques à ceux utilisés dans la calligraphie Japonaise. On utilise un pinceau (fudé) pour appliquer l’encre sur un fin papier Japonais (washi). Un geste fluide et rapide dessine l’enso. Une fois tracé, on ne doit plus le transformer.

Sa forme est très variable selon les auteurs. On peut voir au travers de son imperfection une volonté de démontrer que la perfection ne réside pas dans un tracé selon des critères esthétiques mais dans l’équilibre qu’il représente. La perfection d’une calligraphie représentant l’enso ne se juge pas à sa perfection géométrique.

Lorsque l’on trace on vise davantage la perfection du geste et l’équilibre entre l’invisible et le visible. Son auteur ne peut atteindre cet équilibre qu’au travers d’une libération de l’esprit et du geste. Elle n’est donc pas la résultante d’une beauté gestuelle ou visuelle mais d’un équilibre entre l’esprit de l’auteur, son trait et les éléments composant sa toile. C’est pourquoi, il est fréquent de pratiquer la méditation assise Zazen avant de le tracer.

enso cercle

Pourquoi tracer un enso ?

A travers un moment éphémère, l’enso met en évidence les traits de caractère de son créateur ainsi que le contexte de sa création. Il révèle l’état d’esprit de celui qui l’a peint au moment où il l’a peint.

En effet, pour peindre un enso, l’esprit doit être libéré de toute contrainte et lucide quant au vide comme à la matière, sans cependant en être véritablement conscient, c’est là où réside toute la difficulté. Il s’agit de la même démarche lorsque vous pratiquez Zazen.

Le dessin sera en accord avec l’état d’esprit du peintre. Seule une personne détachée et intérieurement calme pourra effectuer un enso « dit parfait ». Toutefois, la perfection ne se trouvera pas dans le beau mais davantage dans l’équilibre. C’est cet équilibre qui rend l’enso « parfait ». 

Tracer l’enso est une pratique spirituelle de la calligraphie japonaise en tant que réalisation personnelle que l’on doit accomplir au moins une fois par jour. Elle s’appelle hitsuzendô (la voie de pinceau).

L’enso est un exemple parfait des différentes dimensions de l’esthétique et des perspectives du Wabi Sabi Japonais (art de la modestie).

En traçant l’enso, on se déplace le long d’une courbe. Ceci permet d’embrasser le monde de manière plus certaine que si l’on restait en un seul point au centre de soi-même. Un cercle défini par son centre se trace. Si l’on décide d’être ce centre, le tracé égocentrique du cercle sera marqué. Si l’on refuse d’être le centre autour duquel se trace le cercle, on se donne la possibilité d’explorer plus profondément l’univers. Au terme de son voyage sur la courbe, on pourra découvrir le vrai centre qui ne doit jamais être limité à soi-même.

Le chemin humain est imparfait, c’est pourquoi l’enso est souvent représenté ouvert. Pour trouver le chemin du satori, il faut sortir de soi et trouver le cercle le plus large à explorer, une fois que le centre n’est plus son propre ego. Celui qui croit être dans le juste milieu dans notre monde en constante mutation cesse de l’être en se figeant. En effet, le juste milieu est un mouvement permanent autour d’un centre à chercher. L’enso favorise cette quête.

enso cercle

5 – LA PARTIE PRATIQUE – ENTRAINEZ-VOUS A TRACER UN ENSO

Comment tracer son premier enso

Vous êtes devant votre feuille blanche et vous respirez simplement et, dans cette expiration, vous laissez passer vos pensées, vous les observez tranquillement, sans porter de jugement, sans discuter avec elles, vous les laissez s’exprimer sans prendre part à la discussion intérieure. Comme un étranger qui observe, vous observez vos pensées et respirez simplement.

Et là, lorsque vous vous sentez calme, vous prenez votre feutre et, sur une feuille blanche posée devant vous, vous tracez, sans aucune intention, un cercle. Puis sans jugement vous l’observez…

Eh bien, sans le savoir, par cet exercice, vous apprenez à méditer, à lâcher-prise. Vous touchez du doigt l’esprit Zen dont beaucoup parlent sans savoir vraiment de quoi il s’agit.

Vous apprenez à observer vos pensées et également vos émotions. C’est une introduction à la méditation, et tout cela tranquillement, dans la facilité et la simplicité.

De plus, pensez-y, à chaque enso tracé, vous avez une photographie de vos émotions, une radiographie de votre état de conscience à un moment présent.

Pour faire simple, avec cet exercice, vous apprenez à vous détendre et à devenir serein.

Vous avez fait le premier pas, afin de parfaire cet exercice et de cheminer vous aussi sur la voie, vous pouvez commencer si vous souhaitez prendre des cours de calligraphie et pratiquer la méditation.

6 – ENSO ET LA VACUITE, UNE INVITATION A LA MEDITATION

Comment parler d’enso sans parler du concept du vide ?

L’enso est souvent associé au vide dans une relation réciproque : l’enso est le vide et le vide est l’enso. En fait, il ne représente pas plus une forme qu’un vide. Le vide l’entoure mais l’enso encercle également le vide.

La notion de vide est fondamentale lorsque l’on chemine sur la Voie car du vide nait la création.

Je m’explique : lorsque votre tête est pleine, votre cerveau va essayer d’y mettre de l’ordre. Il va tenter d’analyser, de trier des informations, de classer et surtout de régler des problèmes. Et c’est là que les ennuis commencent. Votre cerveau va utiliser toute votre énergie pour tenter de les résoudre.

Vous allez crouler sous le traitement de l’information, passer d’une idée à une autre, d’une hypothèse de solution à une autre. Comme un petit singe passant de liane en liane, vous allez passer de pensée en pensée. Et ce petit singe a tellement d’énergie que, parfois, il continue sa folle course même la nuit. Eh bien, à l’instar de ce petit singe, votre cerveau va imploser sous la pression et vous finirez par ne faire que penser sans savoir que faire. Vous bloquerez votre potentiel à faire des choix et vous ne serez plus dans l’action.

Pour faire simple, reformulons les choses autrement. Lorsque vous voulez lavez du linge, vous ne remplissez jamais totalement votre machine à laver, vous laissez du vide pour que la lessive puisse s’infiltrer dans toutes les fibres de vos vêtements. Eh bien, faites de même avec votre tête, laissez de la place, n’y mettez pas toutes les informations en même temps. Laissez du vide comme à l’intérieur et à l’extérieur du cercle et, de ce vide, jailliront les solutions, les créations et les actions.

Comme le pensent les bouddhistes, du vide nait la forme.

Cette notion de vacuité est la clef. La nature de toute création, de toute chose et la pratique de la méditation permet de saisir ce vide. Ceci tout en comprenant que la forme ne s’y oppose pas mais ne fait qu’un avec lui. L’éveil est alors la pleine réalisation, la prise de conscience de la vacuité et l’enso en est sa représentation.

enso cercle

Allez-y, à vous maintenant : Prenez vos pinceaux et tracez l’enso et vous rendrez l’invisible visible.

NB : Dans vos lectures vous pourrez rencontrer Enso écrit également ainsi : Ensõ ou Enzo.

enso cercle
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Cet article comporte 4 commentaires
  1. Ouah super ! Je ne connaissais pas exactement l’Enso, je l’avais déjà vu à plusieurs reprises sans jamais en connaître sa véritable nature. Me voilà complètement renseignée maintenant, merci ! Je vais tester l’exercice du premier enso. Question est-ce que la couleur change quelque chose ou doit-on absolument le tracer en noir ?

    1. Christophe Lorreyte dit :

      Effectivement on le rencontre très souvent et il est d’une importance capitale. Quant à la couleur, elle n’apporte aucune indication, si ce n’est peut-être la vision de l’artiste. Ravi d’avoir pu t’apporter. L’exercice du tracé de l’enso est très intéressant, tu verras. Dis moi ce que tu en a tiré. 🙂

    1. Christophe Lorreyte dit :

      Merci pour ce beau compliment. L’idée de l’article m’est venu devant le désert d’informations concernant ce symbole puissant qui est tellement important. Je suis heureux qu’il vous ait plu !

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