Sentier Octuple

Le Sentier Octuple dans le Bouddhisme

Vivre en adéquation avec notre vraie nature, agir selon des principes empreints de bienveillance… Nous sommes de plus en plus nombreux à désirer mener une vie juste pour nous-même et pour notre environnement. Nous avons parfois l’impression que cela impliquerait de déplacer des montagnes : il n’en est pourtant rien. Voilà de quoi traite le Sentier Octuple dans le Bouddhisme : des pas spirituels et concrets que nous pouvons faire chaque jour pour donner un sens lumineux à notre vie. Je vous explique donc, dans cet article, ce que sont les 8 piliers du bouddhisme et comment les appliquer dans votre vie quotidienne.

Le Sentier Octuple dans le Bouddhisme

Comme toujours, commençons par les définitions de base afin que la compréhension de cet article soit la plus fluide possible. Ce que l’on appelle Sentier Octuple ou Noble Sentier Octuple est le Dharma. C’est l’enseignement du Bouddha Sakyamuni qui est le Bouddha historique. Ce qu’il appela “sentier” est la voie à suivre pour atteindre l’éveil. L’adjectif “octuple” renvoie, par définition, aux 8 voies que comprend le chemin. Selon ses enseignements, ces 8 voies ne doivent pas être suivies les unes après les autres, mais simultanément.

Comme nous allons le voir, suivre les principes du chemin octuple revient à mener une vie nous permettant de nous élever au-delà de notre ego et d’être davantage tourné vers les autres, avec conscience et bienveillance. Dans cet article, j’utiliserai des exemples ancrés dans nos vies occidentales contemporaines afin que vous puissiez mieux saisir comment vous inspirer de ces enseignements bouddhistes au quotidien. Je vous rappelle que le bouddhisme n’est pas une religion théiste (qui vénère un Dieu tout puissant) mais une philosophie de vie. Pour en apprendre davantage sur le Bouddhisme, consultez l’article Bouddhisme et vie moderne qui pourra également vous éclairer sur de possibles chemins à emprunter pour vous inspirer de cette approche de la vie.

Les 8 voies du chemin octuple sont regroupées sous 3 grands thèmes : la sagesse, l’éthique et la concentration (ou méditation).

La Sagesse : Sur la Voie du Milieu

Selon le Dharma, la sagesse comprend deux voies : la compréhension juste et la pensée juste. L’objectif est de purifier son esprit afin de ne plus souffrir inutilement.

La compréhension juste

La compréhension juste est la compréhension de l’enseignement de Bouddha. Il s’agit de comprendre et d’intérioriser les 4 nobles vérités telles que Bouddha les a comprises et enseignées. Vous verrez que dans l’article portant sur les 4 vérités (dont je vous ai mis le lien dans la phrase précédente) les 8 voies du chemin octuple portent des noms différents d’ici. Il s’agit de la même chose, mais les différentes littératures y font référence avec des termes différents, selon les traductions des enseignements de Bouddha.

sentier octuple dans le bouddhisme

Les enseignements de Bouddha portent sur la nature de l’homme et sur les sources de notre souffrance. Bien les comprendre c’est accepter la réalité de la vie humaine, c’est-à-dire accepter le fait que la souffrance est inhérente à la vie humaine mais que, selon un point de vue plus objectif et moins centré sur notre égo, nous pouvons nous en départir.

Ces enseignements affirment que nous avons le pouvoir de ne plus souffrir si nous suivons le Noble Chemin Octuple. Regardons donc maintenant, à l’aide d’exemples concrets, comment nous pouvons peu à peu nous défaire de nos souffrances humaines, qui ne doivent pas être perçues comme des fatalités.

La pensée juste

La pensée détermine nos actes et nos paroles. Elle les précède et les affecte. Afin d’avoir une pensée juste, nous devons nous extraire de nos conditionnements. Les conditionnements sont les histoires que nous nous racontons et auxquelles nous croyons. Ils influencent notre perception de la réalité. Ils proviennent, pour la plupart, de notre éducation familiale et scolaire et de ce que nous avons déduit de nos expériences de vie. Une pensée juste est débarrassée de ces conditionnements et dénuée d’émotions malveillantes ou ignorantes.

Voici un exemple de pensée invalidée par l’ego :

  • “Je suis bête, je l’ai toujours été. Je fais sans cesse des erreurs, je n’arrive pas à m’exprimer convenablement. Mes professeurs et mes parents avaient raison, je ne suis bon à rien.”

Cette construction de pensée invalidante résulte bien souvent d’expériences anciennes et qui deviennent pour notre ego une réalité inébranlable : des gestes maladroits, des découragements non fondés, des paroles dénuées d’assurance. Pour se défaire de ce type de comportements, il faut regarder la situation avec du recul, prendre conscience de sa source (l’école, les parents, ou autre) et surtout, le plus important, comprendre que nous sommes capables d’apprendre, de progresser et de devenir ce que nous souhaitons.

Ainsi, les pensées parasites et invalidantes de notre exemple peuvent se transformer en : “Dans telle situation, j’ai tendance à être déstabilisé-e. Je n’ai pas appris à être à l’aise dans ce type de situation et je peux apprendre à changer cela ou me concentrer sur ce que je sais faire pour continuer à évoluer. Cette maladresse ne me définit pas.”

Nous pouvons apprendre à ne rien figer, à nous acquitter de nos erreurs passées au lieu de nous condamner à perpétuité.

L’éthique : Agir en Conscience

Développer son sens de l’éthique revient à développer sa compassion. L’éthique comprend 3 voies : la parole juste, l’action juste et les moyens d’existence justes.

La parole juste

Nous devons être authentiques dans nos paroles, faire attention à ce que nous disons et à la manière dont nous le disons. Comme nous le savons, une parole qui se veut bienveillante, telle que “tu as l’air en forme aujourd’hui” mais prononcée d’un ton narquois, n’est plus du tout bienveillante. Afin de nous assurer que nos paroles soient bienveillantes, il suffit de nous poser la question suivante : “Ce que je veux dire est-il utile et apportera-t-il quelque chose de positif à mon interlocuteur ?

Que pensez-vous de ce type de parole :

  • « Laisse-moi faire, je suis super doué pour réparer les vélos. Tu ne vas jamais y arriver, tu vas tout casser. J’ai un talent inné pour les réparations en tous genres. Avec tes ongles parfaits, tu n’as pas l’air de savoir réparer grand-chose. » ?

Ici, en plus de se vanter, la personne qui parle rabaisse l’autre afin de mieux se mettre en valeur. Dans cette même situation, une parole juste viserait à offrir son aide sans ne rien insinuer de blessant ou d’arrogant en s’associant à la réparation.

 

La parole juste pourrait davantage ressembler à cela :

« Souhaites-tu que nous essayions ensemble de réparer ce vélo ? Il y a quelque temps, je me souviens avoir été confronté au même type de panne et mon expérience pourra peut-être nous aider. »

sentier octuple dans le bouddhisme

L’action juste

Une action n’est pas juste ou injuste d’un point de vue moral. L’action juste est une action qui est en accord avec les lois de l’univers. Par définition, une action juste est bienveillante, positive pour nous-même et pour les autres.

Voici un exemple d’action qui ne pourrait être considérée comme juste :

  • Vous êtes dans le métro à New-York aux heures de pointe et celui-ci, bien-sûr, est bondé. Vous n’avez qu’une seule envie : vous emparer du prochain siège disponible pour vous reposer de votre journée de visite. Vous l’avez bien mérité, la journée a été éreintante, vous avez arpenté un musée toute la journée. Vous avez de la chance, un siège se libère rapidement, vous vous précipitez dessus. Oh, et puis tant pis pour la femme enceinte qui a l’air sur le point d’accoucher d’une minute à l’autre : elle est enceinte, pas malade !

Là aussi c’est assez évident, n’est-ce pas ? Il suffirait de se mettre à la place de l’autre avant d’agir pour poser une action juste. Pourtant, pris dans le tourbillon de nos vies trop rapides, nous pouvons avoir des sursauts d’égoïsme comme celui-ci sans même nous en rendre compte.

C’est une scène qui s’est déroulée sous mes yeux, pas plus tard que cet après-midi en fin de journée. Je sortais du musée en même temps qu’un groupe de touristes français et, hop, la situation que je viens de vous décrire s’est jouée en un claquement de doigt.

Tiens, pour élargir un peu plus l’article, je vais vous donner un exemple d’action juste qui démontre le lien qu’entretient l’univers avec les lois de cause à effets. Voici l’exemple : Hasard, coïncidence ou synchronicité ? à vous de choisir :

Je suis dans un taxi, toujours à New-York. Mon fils oublie son portable sur le siège de la voiture. Nous n’avons pas de moyen d’identifier le taxi en question, (pas de reçu, pas de numéro d’immatriculation de la voiture, un verrouillage de son téléphone sans réseau, aucun moyen de localiser le portable, rien…). Inutile de vous dire que pour mon fils le pire était déjà certain et, pour moi, la perspective de devoir le remplacer ne m’enchantait guère (pas mon fils, le portable).

Après une heure à parler de l’utilité d’être présent et de vivre dans l’ici et maintenant pour éviter que ce genre de situation se renouvelle, Baptiste émet pour la dixième fois avec mon portable un appel vers son mobile perdu. Comme par magie, le chauffeur de taxi lui répond, lui explique qu’un client a trouvé le portable et lui propose de lui rapporter son précieux. Tout rentre dans l’ordre et ne devient qu’une expérience d’apprentissage. En définitif pas si cher que cela pour apprendre à vivre davantage ancrer dans l’ici et maintenant (simplement une petite prime pour remercier l’honnêteté de notre bienfaiteur et quelques battements de cœur supplémentaires qu’un bon restaurant ralentira).

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais non, « l’univers ou je ne sais quoi » en décide autrement. Nous voilà le jour suivant de nouveau dans un taxi et en montant dans le yellow cab Baptiste trouve un portable sur le siège. Il le donne au chauffeur, le téléphone à ce moment sonne. Un échange téléphonique s’engage et la fin pour le propriétaire de l’objet perdu pourra ainsi être heureuse. Voilà, ce que j’appelle un sacré clin d’œil de l’univers ou cause à effet et action juste s’entremêlent.

Les moyens d’existence justes

Les moyens d’existence font référence aux moyens avec lesquels nous gagnons notre vie, mais aussi à nos relations sociales dans leur ensemble. Un moyen d’existence juste n’implique aucune souffrance pour soi, pour les autres ou pour tout être sensible.

Voici un exemple de moyen d’existence qui ne serait pas considéré comme juste :

  • Vous créez une entreprise dont le but est de vendre des assurances à des tarifs défiant toute concurrence. En réalité, ces assurances ne couvrent presque rien (c’est écrit en minuscules caractères illisibles, tout en bas du document à signer pour y souscrire).
    • Clientèle visée : les personnes les plus vulnérables (le service de communication se charge de les accrocher dans les publicités),
    • Mission du “service à la clientèle” : apprendre toutes les subtilités imaginables pour que l’entreprise n’ait jamais à débourser un centime pour couvrir ses clients.

Bien-sûr, il ne s’agit que de pure fiction. Des entreprises comme celle-ci n’existent pas…

Quelle que soit votre profession, votre domaine de prédilection ou le projet que vous avez en tête, demandez-vous tout simplement : « ce que je fais ou envisage de faire est-il positif pour mes semblables et pour moi-même ? Mon activité a-t-elle un impact négatif sur la vie humaine ou animale ? »

La Concentration : Être ici, Maintenant

La concentration est l’effort conscient nécessaire pour développer sa sagesse et sa compassion. La concentration comprend 3 voies : L’effort juste, l’attention juste et la concentration juste.

L’effort juste

À l’origine des enseignements du Bouddha, l’effort juste faisait référence au fait de suivre les enseignements avec rigueur et constance. Si nous remettons le concept d’effort juste dans le contexte d’aujourd’hui, nous pouvons l’appliquer à tout ce dans quoi nous voulons nous investir.

Prenons un exemple :

  • Vous décidez de lancer un nouveau projet. Vous avez enfin le temps, le matériel et la volonté pour le faire. Mais voilà, vous ne pouvez pas vous y mettre ce soir car votre enfant a son cours de natation et vous rentrerez tard. Demain, Lisa viendra manger à la maison. Votre programme est ainsi chargé jusqu’au weekend prochain, mais vous pensez bien avoir une petite heure à y consacrer samedi prochain. Vous pourrez donc commencer ce jour-là.

Que va-t-il advenir de votre projet si vous vous y prenez ainsi ? Il ne verra jamais le jour. Je dis bien « JAMAIS », et vous pouvez me croire sur parole. Que vous ayez 3 minutes à y consacrer aujourd’hui n’est pas un problème : c’est suffisant pour envoyer un email à la personne qui pourra répondre à votre question concernant ce projet. Demain, même si vous n’avez que 10 minutes disponibles, elles peuvent servir à lister tout ce que vous devrez achever pour que ce projet voie le jour. Et ainsi de suite. L’effort juste, c’est l’effort constant et visant un objectif, sans faillir. Pas à pas, vous verrez vos idées prendre forme et, en bonus, vous ne culpabiliserez plus de ne pas faire avancer vos idées.

L’attention juste

L’attention juste c’est avoir une réelle conscience de soi et vivre le moment présent à chaque instant. C’est poser un regard neuf sur chaque moment qui se déroule en acceptant d’être réellement ici et maintenant. Afin de vous donner un exemple de ce à quoi cela pourrait ressembler au quotidien, je vous renvoie vers l’article qui traite d’apprendre à vivre le moment présent. Vous y découvrirez l’histoire de Léa, jeune femme imaginaire qui, un jour apparemment ordinaire, décide de vivre le moment présent.

La concentration juste

La concentration juste, c’est la méditation. Pratiquer la méditation au quotidien est la clé pour suivre toutes les autres voies avec plus de facilité et de fluidité chaque jour. Si vous pratiquez la méditation avec sérieux et assiduité, vous pourrez sentir de subtils mais profonds changements s’opérer en vous. Le changement graduel de votre regard sur la vie vous permettra de vous sentir davantage en adéquation avec la réalité Vous serez également de plus en plus à même de comprendre et de prendre du recul sur votre environnement et sur vos relations. Ici, la pratique vaut mille exemples que je pourrais vous donner. Si vous voulez en savoir plus sur les bénéfices de la pratique de la méditation, je vous invite à lire cet article : qu’apporte la méditation ?

Maintenant, c’est à vous de jouer. Ces conseils, tirés des enseignements de Bouddha, n’ont pas pour objectif de vous faire culpabiliser sur la vie que vous menez aujourd’hui. Ils font office de guide pour vous aider à avancer vers votre propre vérité, en accord avec votre réalité. Nous en avons tous la capacité à notre propre mesure et ce, sans exception. Un sourire sans attente est à la portée de chacun d’entre nous.

 

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