Retraite Méditation

Retraite bouddhiste en Inde | Expérience vécue (part 3)

Voici le troisième épisode du récit d’une retraite bouddhiste en Inde. Vivre une retraite méditative, c’est accepter de se confronter à l’éventail des émotions qui sont en nous. Comme promis, dans cet épisode Leslie nous raconte ce qui a marqué son séjour en centre de méditation bouddhiste. Pour pouvoir suivre son histoire, lisez vite – si ce n’est déjà fait – les deux premiers épisodes !

Vivre une retraite spirituelle | Témoignage (part 1)

Retraite de meditation | Récit d’une expérience vécue (part 2)

Le mystère de ma retraite bouddhiste en Inde

Au beau milieu de la nuit, une jeune femme entre bruyamment dans la chambre. Elle se couche alors que la chambrée est endormie depuis plusieurs heures. Son arrivée tardive et indiscrète me surprend et je ne parviens pas à me rendormir. Plusieurs questions me traversent l’esprit : d’où peut-elle revenir ? Qu’a-t-elle fait tout ce temps-là alors que tout le centre est endormi ? Tant bien que mal, je réussis à plonger de nouveau dans le sommeil.

retraite bouddhiste en Inde

 

Bien avant le retentissement du réveil matinal, cette même personne se lève et me réveille, me privant des dernières minutes de la nuit. Perplexe et contrariée, je marmonne : mais enfin, qui est cette femme ? N’a-t-elle pas dormi de la nuit ? Renfrognée, j’attends que le gong sonne.

Une pensée me vient alors : et si cette émotion m’était inutile ?

Au programme de ma retraite spirituelle

À six heures, le gong retentit. Nous avons 45 minutes pour nous préparer, les douches et les toilettes sont pris d’assaut : je comprends qu’il faudra m’organiser en conséquence. Je découvre l’organisation des journées de retraite. Nous nous réunissons dans le dojo pour la méditation matinale. Viennent ensuite le petit déjeuner, deux heures d’enseignement bouddhiste, une séance d’étirements et le repas de midi.

Après une longue pause, nous nous réunissons en petits groupes pour une heure d’échange. Les groupes sont déterminés le premier jour et resteront les mêmes tout au long de la retraite. Nous parlons donc une fois par jour des sujets qui nous ont été enseignés le matin-même. Ceci permet de confronter sa compréhension de la philosophie bouddhiste à celle des autres. Selon moi, cette heure de discussion ne crée pas de dispersion dans la retraite de méditation puisque nous essayons de nous concentrer sur les sujets qui nous sont donnés.

Nous retournons ensuite au dojo pour les enseignements et la méditation d’après-midi. À 18h30, le – tant attendu – repas du soir est servi. Enfin, nous méditons à nouveau avant de retourner à nos chambres pour la nuit. Nous avons beaucoup de temps entre chaque étape. Le temps de nous retrouver avec nous-mêmes, de nous reposer et de réfléchir à ce que nous apprenons. Le temps aussi d’observer les singes qui se baladent d’arbre en arbre autour de nous. J’adore m’asseoir et les regarder vivre. Étrangement, ils font écho au singe qui s’amuse dans ma tête, celui qui me rend impatiente lors de nombreuses méditations.

Jongler avec ses émotions lors d’une retraite de méditation

La retraite vient tout juste de commencer et je comprends déjà qu’il s’agit-là d’un réel exercice mental. Pris dans nos bulles de silence, nous avons amplement le temps d’analyser nos pensées et de laisser parler nos émotions. Celles-ci surgissent de manière vive et souvent inattendue, puisque nous leur donnons toute la place d’exister. Je me surprends alors à ressentir un immense sentiment de plénitude lors du premier petit-déjeuner. Une sorte de joie profonde me cueille et me fait sourire spontanément. Une évidence flotte alors sous mes yeux : une vie simple, centrée sur l’essentiel, détachée du besoin des autres et de leur regard me rendrait heureuse. Au même moment, une peur m’envahit : qu’est-ce-que cela veut dire ? Moi qui adore ma vie remplie de gens, de projets, de musique, de fête… Pourrais-je me détacher de cette ébullition qui m’anime ?

 

Plus tard, assise dans l’herbe lors d’une pause d’après-midi, c’est une vague de tristesse qui me coupe le souffle. Cette fois, je ne sais mettre de mots sur ce qui la provoque. J’ai l’étrange sensation de mettre ma vie à plat et j’anticipe ne pas savoir quoi faire du résultat. Je bouillonne, tout simplement.

Je me dis que vraiment, dix jours face à moi-même, ça va être long.

retraite bouddhiste en Inde

Méditer sur la mort pour vivre pleinement

Le bouddhisme insiste sur les notions de souffrance et de mort. Il préconise de prendre réellement conscience du fait que ces éléments font partie intégrante de la vie humaine. Il faut accepter que certaines souffrances soient inévitables – comme celles liées à la vieillesse, par exemple – dans le but de ne plus en avoir peur. Voilà donc l’un des principaux buts de la méditation, selon le bouddhisme : apprendre à développer des joies qui ne s’épuisent pas. Puisque tout est sujet au changement et, inéluctablement, à la mort, il est important de trouver en soi une source de contentement qui, elle, ne pourra s’éteindre qu’avec nous.

Vénérable Dorma nous prévient qu’elle ne mâchera pas ses mots au sujet de la mort. Elle nous rappelle alors que tout le monde mourra et que rien ne peut empêcher cela. Elle nous invite à penser au fait que l’heure de notre mort est absolument incertaine, comme celle de tous ceux qui nous entourent. Lors de notre méditation du soir, qui est une méditation guidée, il nous est demandé de penser à une personne qui était proche de nous et qui est décédée. « Un jour ils étaient là, le jour suivant ils n’étaient plus » est la phrase qui déclenche mes larmes. Des larmes qui s’envolent vers mon papa, mort il y a bien longtemps déjà. Nous savons, d’une manière assez abstraite, que nous mourrons un jour, que nous perdrons les nôtres. Mais prendre le temps d’intégrer cette idée au creux de notre vivant nous permet – peut-être – de prendre réellement conscience de la magie de la vie.

Je pleure, les yeux fermés, sur mon coussin de méditation. Ces larmes me libèrent et, en même temps, j’ose à peine me laisser aller, dans cette salle pleine et silencieuse. J’entends les reniflements de ceux qui, comme moi, se sont laissé envahir par l’émotion, et je suis heureuse pour eux. Je comprends que nous nous faisons un superbe cadeau : celui de prendre le temps de vivre ce qui émerge lorsqu’on se penche sur ce qui nous émeut.

Mystère ou matière à réflexion ?

Les jours passent et ne se ressemblent pas. Deux constantes seulement : l’horaire régulier de notre programme et cette curieuse personne qui me réveille nuit après nuit. Chaque jour, le mystère grandit et mes théories s’excitent. Au fil du temps, je décide qu’elle est probablement l’amante d’un autre participant à la retraite. Ils se retrouvent chaque nuit, incapables de se passer l’un de l’autre.

En tous cas, je décide de ne pas céder à l’agacement. Je viens d’apprendre une notion importante : nous devrions considérer chaque personne comme un professeur qui a quelque chose à nous enseigner. Ceux qui nous agacent n’auraient-ils pas quelque chose d’encore plus important que les autres à nous faire comprendre sur nous-mêmes ?

Malgré mes efforts, il y a tout de même des nuits où je boue plus que d’autres. Finirai-je par savoir qui est cette femme et ce qu’elle trafique chaque nuit, puisqu’elle ne dort apparemment pas ? À suivre…

En attendant le prochain – et dernier ! – épisode de la série, je vous propose de méditer sur ceci : les enseignements qui nous marquent le plus sont-ils logés dans les moments de joie ou dans ceux qui nous perturbent ? À mon humble avis, il n’y a pas de bonne réponse…

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Aniki
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