L’ikebana

L’Ikebana et le zen

Aujourd’hui, partons à la découverte d’une pratique à la croisée de l’art et de l’esprit de la méditation. Je vous invite à découvrir l’arrangement floral japonais mais aussi à comprendre la relation entre Ikebana et zen. Vous comprendrez les principes qui régissent cet art floral en vous imprégnant d’une culture inspirante. Qui sait, peut-être y découvrirez-vous une nouvelle passion ? Dans tous les cas, c’est pour moi un immense plaisir de vous faire découvrir ou redécouvrir des pratiques que nous gagnerions à inclure dans nos modes de vie, sur la voie de la paix et de la sérénité. Bon voyage !

Qu’est-ce que l’Ikebana ?

Les japonais affectionnent particulièrement les activités pleines de sens, qui demandent rigueur et attention. Ceci est vrai dans leur approche de l’art, du sport, de la cuisine, du partage du thé, et bien plus. L’Ikebana fait partie de celles-ci. Au premier regard, nous pourrions y voir de simples arrangements floraux mais la conception d’un Ikebana va bien au-delà de la confection de bouquets. Vous comprendrez, à la lecture de cet article, pourquoi l’Ikebana est une expression artistique du zen. Mais, au fait, qu’est-ce que le zen ? Si cette notion n’est pas encore claire pour vous, cliquez sur le lien : je vous l’explique en vidéo.

En japonais, ike vient du verbe ikeru qui signifie “faire vivre”, tandis que hana veut dire “fleur”. On appelle aussi l’Ikebana “Ka-dô”, qui est “la voie des fleurs”. Derrière la réalisation d’un Ikebana, il existe effectivement la volonté de mettre en scène les fleurs de manière vivante, mais l’acte même de composition est chargé de sens et de symboles, comme nous le verrons par la suite.

L’Ikebana est apparu il y a plus de treize siècles, lorsque le bouddhisme fit son apparition au Japon. Cette forme d’art floral est née de la volonté d’offrir des fleurs à Bouddha et d’en agrémenter les autels. L’art a énormément évolué au fil des siècles, délaissant quelques peu le côté sacré pour être insufflé d’une grande recherche d’esthétisme.

La plus ancienne école d’Ikebana est l’école Ikenobô, fondée par Ikenobo Senkei au 15ème siècle. Cette période marque la réelle envolée de l’art floral. La distinction entre le rituel religieux et l’art de l’arrangement floral est alors bien marquée. Ikenobo Senkei donna naissance au style Rikka, duquel découlèrent d’autres styles tels que le Shôka, le Moribana et le Nageiré. Au fil du temps, le Rikka fût graduellement simplifié pour n’être plus constitué que de trois composantes : les symboles du ciel, de l’homme et de la terre.

En 1927, l’école Sogetsu est fondée et d’autres arts et matériaux sont alors incorporés à l’Ikebana. Ceux-ci deviennent de vraies sculptures. Aujourd’hui, il existe plus de 300 écoles d’Ikebana au Japon. Cet art fait partie intégrante de l’économie japonaise. L’Ikebana trouve sa place partout dans la société japonaise : à la maison, dans les temples, comme dans les lieux publics.

Pour en savoir plus sur l’histoire de l’Ikebana, je vous invite à consulter l’article de Christine Croubois : Ikebana, l’arrangement floral japonais est-il un art ?

Le respect de la nature et l’Ikebana

Le respect de la nature est une notion profondément enracinée dans la culture japonaise. C’est de ce grand respect que naît l’Ikebana. Ainsi, dans la composition d’un Ikebana, il est important de sentir une impression de naturel, car celui-ci découle d’une observation et d’une compréhension de la nature dans sa forme la plus pure. Les formes que l’on trouve dans un Ikebana doivent représenter l’imperfection de la nature. Le vide et l’asymétrie sont donc des éléments essentiels à la composition d’un Ikebana.

ikebana et zen

Dans une volonté de s’accorder avec le rythme de la vie, les compositions florales changent au fil des saisons afin de suivre leurs cycles. Nous retrouvons donc des végétaux différents à chaque étape de l’année, selon les pousses du moment. Les plantes et les fleurs sont utilisées à toutes les étapes de leur éclosion afin de représenter tous les stades de la vie. Du bourgeon à la fleur complètement épanouie, chaque phase de développement du végétal est mise en valeur.

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L’Ikebana sublime la beauté naturelle des fleurs, leur sobriété et leur délicatesse. Il s’agit du point de rencontre entre la représentation de l’état naturel des plantes et du travail des végétaux afin de faire ressortir leur grâce. Les plantes peuvent donc être massées et modelées par la main humaine pour en accentuer les courbes.

L’Ikebana et le Zen

La création d’un Ikebana est une représentation de l’état d’âme de la personne qui le conçoit. Ainsi, réaliser un Ikebana peut prendre du temps, car il faut s’imprégner du moment présent pour faire ressortir ce que l’on ressent en toute sérénité. C’est une sorte de méditation créative, dans laquelle tout l’être du créateur est dans l’ici et le maintenant, en contact avec ses propres ressentis et avec la réalité qui l’entoure.

L’Ikebana est un art qui change à chaque instant, qui n’est donc pas figé dans l’espace ou dans le temps, tout comme la vie elle-même. Chacun y met de soi en explorant les possibilités qu’offrent les végétaux qui sont à sa disposition. Dans un cours d’Ikebana, alors que tous les élèves travaillent avec les mêmes plantes, les résultats sont inévitablement différents d’un élève à l’autre. L’utilisation de l’espace, des courbes et des couleurs varient d’une personne à l’autre. Le choix du vase joue aussi un rôle important dans la composition et dans l’unicité de chaque composition. Toutes ces décisions reflètent l’espace intérieur de la personne qui crée, au moment même où elle crée.

L’Ikebana est un art mesuré. Il ne s’agit pas d’une expression exubérante de l’homme face à la nature, mais plutôt d’une communion entre l’homme et la nature. Il existe une réelle dimension contemplative dans cet art, une absorption dans l’observation attentive des matériaux travaillés mais aussi dans l’espace spirituel du créateur. Ikebana et zen sont intrinsèquement liés : l’Ikebana est la voie du zen par les fleurs. Les samouraïs pratiquaient l’Ikebana (qui d’ailleurs leur était réservé à l’origine, ainsi qu’aux moines bouddhistes) dans une recherche de sérénité.

Comme nous l’avons vu plus tôt, l’Ikebana est une représentation de l’univers sur trois plans : le ciel (shu), l’homme (fuku) et la terre (kyaku). L’homme est au milieu, entre le ciel et la terre. Le plan spirituel relie l’homme au ciel et l’homme prend racine dans la terre, comme le font les plantes.

ikebana et zen

De la discipline à la liberté d’expression

Dès leur plus tendre enfance, les japonais sont soumis à une discipline stricte. Ceci influence leur approche de tous les aspects de la vie, qu’il s’agisse des rapports sociaux, du travail ou encore de l’art. La patience est d’une importance capitale dans la culture japonaise. Elle est la force qui permet à l’homme de se dépasser dans tous les domaines et de surmonter les obstacles de la vie.

L’art de l’Ikebana suit donc cette philosophie. Il est attendu des apprenants de la composition florale japonaise qu’ils maîtrisent chacune des règles de l’Ikebana. En effet, rien n’est laissé au hasard dans la création d’un bouquet japonais. Par exemple, la dimension du vase détermine la hauteur des plantes, le style d’Ikebana qui est suivit détermine le positionnement des plantes dans le vase, et ainsi de suite. Ce qui prime est la recherche d’harmonie, qui englobe les notions d’asymétrie et de vide, inhérentes à la nature.

Une fois que l’élève maîtrise parfaitement les principes du style d’Ikebana qu’il apprend, il peut alors s’en libérer pour exprimer sa propre créativité. C’est le moment pour lui de lâcher prise, comme nous l’avons vu avec la pratique d’un art martial. Il peut alors créer son propre style, avoir sa propre signature. L’art de l’Ikebana accueille de nouveaux genres, dans un esprit d’ouverture et de créativité propre.

Nous retrouvons donc la notion de rigueur qui permet de devenir libre, comme nous l’expérimentons avec la pratique de la méditation. C’est en maîtrisant la technique que l’on peut la dépasser pour faire jaillir sa véritable nature, que ce soit dans la méditation comme dans toute autre pratique. Dans la création d’un Ikebana, il s’agit de comprendre et de maîtriser les outils, les instruments, l’espace, le vide, l’asymétrie… mais aussi les courants artistiques qui ont fait évoluer l’Ikebana au fil des siècles. L’harmonie entre en scène lorsque la droiture, à son apogée, laisse place à la libre expression du maître.

Pour ma part, je trouve une grande inspiration dans cette approche de l’art, où méditation et création ne font qu’un. Comme je vous le dis souvent, nous pouvons appliquer l’esprit de la méditation à n’importe quelle activité que nous pratiquons. Cependant, ceci est vrai à condition que nous le fassions dans le cadre d’une pratique quotidienne, et donc en parallèle de la pratique assise. Alors dites-moi, mes chers lecteurs, dans quelles activités avez-vous plus tendance à appliquer l’esprit de la méditation ? L’objectif, bien sûr, étant de l’appliquer à toutes les sphères de notre vie, au fur et à mesure que nous avançons dans notre pratique. J’attends vos réponses dans les commentaires !

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