Cuisiner

Cuisiner consciemment

Bien manger à s’en délecter les papilles, quel plaisir ! Oui, mais s’il y avait beaucoup plus à expérimenter à travers la cuisine que de préparer un plat qui soit bon ou simplement nourrissant ? Vous qui vous intéressez à la méditation ou la pratiquez déjà, il est grand temps d’apporter l’esprit de la méditation derrière les fourneaux. Cuisiner consciemment est l’ouverture d’une porte vers un monde de créativité et de découvertes. Et si cuisiner en pleine conscience devenait une autre de vos pratiques de méditation quotidiennes ?

Cuisiner consciemment | La cuisine ici et maintenant

Mon souhait est que l’esprit de la méditation puisse s’inviter dans toutes les sphères de votre vie, car c’est ainsi que devrait se vivre l’expérience de la méditation : à tout instant. S’il est nécessaire de s’asseoir jour après jour pour votre pratique, vous verrez que plus vous pratiquerez, plus vous serez apte à appliquer l’esprit de la méditation à tout ce que vous faites. Penchons-nous sur l’exercice de cuisiner consciemment. La cuisine en conscience commence par le choix d’aliments et de produits naturels. Manger consciemment c’est faire des choix positifs pour votre bien-être et votre équilibre. Nous en avons tous fait l’expérience : un repas trop gras, principalement composé de produits transformés, a tendance à nous fatiguer. À l’inverse, lorsque vous vous nourrissez sainement votre esprit est plus vif et vous gagnez en énergie.

Après le choix conscient des aliments, passons à la préparation de la nourriture avec attention et présence. Prenez conscience de vos gestes et n’ayez pas peur de vous laisser guider par votre intuition dans l’exécution même de votre repas. Lâchez prise. Vous serez très probablement surpris du résultat ! Soyez tout simplement là, jusque dans le choix de votre casserole. Il n’y a pas besoin d’être particulièrement bon cuisinier-e pour cuisiner consciemment, il suffit d’accepter de vivre vos gestes pleinement. Avec une telle approche, préparer un repas devient un moment de détente et de lâcher prise au lieu d’une corvée quotidienne.

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Enfin, voilà le moment de manger consciencieusement et consciemment ce que vous avez préparé. L’expérience de chaque texture, de chaque saveur, de chaque odeur vous permet de redécouvrir des goûts que vous connaissez déjà car vous les dégustez avec attention. Cela ne signifie pas que vous aurez préparé un plat d’exception à chaque fois. Cela signifie que vous aurez insufflé la magie du moment présent dans votre préparation et que vous prenez le temps de vous nourrir ici et maintenant. Si vous partagez votre repas avec votre famille ou des amis, profitez de l’occasion pour faire l’exercice de manger en conscience ensemble. Demandez-leur de déceler les épices que vous avez utilisées, par exemple. Ceci peut aussi être un bon exercice de méditation à pratiquer avec les enfants !

L’esprit de la méditation aux fourneaux

L’impermanence est l’un des éléments fondamentaux de l’esprit de la méditation. Tout change à chaque instant, tout se renouvelle. C’est pourquoi rien d’autre n’existe que l’instant présent : celui d’avant n’est plus, celui d’après n’existe pas encore. Comprendre et appliquer cet esprit à la cuisine permet de vous ouvrir à une créativité sans cesse renouvelée. Pour ma part, je n’utilise pas de recettes. Je cuisine chaque jour avec l’esprit de la créativité permanente. Je me laisse inspirer par les aliments que je trouve dans ma cuisine et je procède à chaque étape avec toute la justesse que je peux trouver dans l’instant présent. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas également inspiré par ce que je connais déjà ou par mes acquis en cuisine, cela veut dire que je n’essaie pas de contrôler ce qu’il va se passer puisque je me laisse aller à ma créativité. Ces moments sont à la fois ressourçants et reposants.

cuisiner consciemment

Connaissez-vous les mandalas faits de poudres d’ocres et de fleurs par des moines bouddhistes ? Ces œuvres sont réalisées avec une minutie absolue et prennent des heures voire des jours entiers à être complétées. Une fois terminées, elles sont balayées ou laissées au bon vouloir du vent car après la concentration ici et maintenant, l’éphémère et le détachement sont de mise.

Pour nous occidentaux, “travailler” sur une oeuvre sublime pendant des heures pour la voir disparaître lorsque terminée est inconcevable ! C’est le résultat de nos égos surdimensionnés et de notre attachement au matériel. Faites un pas à l’écart de votre égo et vivez l’esprit de l’éphémère dans votre cuisine. Il n’y a aucune raison de nous attacher à ce que nous concevons puisque tout est éphémère. Profitons simplement de l’acte même de créer.

L’art culinaire est par essence éphémère car voué à disparaître par nature. C’est donc un bon exercice pour apprendre le lâcher-prise.

Enfin, quelle merveille que de renouveler nos sensations à chaque instant avec la création exécutée dans l’esprit de la méditation ! Cuisinez consciemment et vous créerez de nouvelles recettes, différentes à chaque fois. Chaque repas inspiré du moment présent ne peut en aucun cas être le même que celui d’hier ou de demain. Vivez le renouvellement constant des sensations, car là est l’essence même de la vie.

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Cuisiner zen | La cuisine de l’essentiel

Maître Dôgen, fondateur du bouddhisme zen Sôtô au Japon (voir l’article Qui était Maître Dôgen ? Sa vie, son oeuvre), a écrit en 1237 un ouvrage intitulé Tenzo Kyôkun. Le titre signifie Instructions au cuisinier. Cet ouvrage est en quelques sortes un manuel d’instructions portant sur les manières dont un cuisinier doit se comporter dans son approche de la nourriture et de la cuisine. Un tenzo est un cuisinier zen de temple bouddhiste et dans la tradition zen, son rôle va bien au-delà de la simple exécution des repas. En fait, sa place est primordiale car à travers la cuisine il doit, en trouvant l’équilibre entre saveurs et bienfaits dans ses préparations, permettre l’équilibre entre le corps et l’esprit.

Dans ses écrits, Maître Dôgen explique l’état d’esprit dans lequel doit se trouver le tenzo à travers toutes les étapes de la cuisine. Pour trouver ses aliments, il regarde simplement autour de lui car tout peut potentiellement être un ingrédient. Pour choisir les ustensiles qu’il utilisera, il prend seulement ce qui est à sa disposition à cet instant. Un tenzo doit suivre le principe de simplicité et d’acceptation qui doit s’appliquer à tous les aspects de la vie : faire au mieux avec ce qu’il y a ici et maintenant.

Dans la cuisine japonaise contemporaine, nous retrouvons cet esprit minimaliste. La simplicité est en fait ce qui caractérise la cuisine japonaise, qui est l’une des plus saines au monde. Dans cette simplicité, les chefs japonais parviennent à sublimer l’essentiel, sans superflu.

aliment médicament

Chaque saveur se distingue des autres et tous les éléments qui composent un plat trouvent leur juste place. Cette approche s’oppose à l’approche américanisée de la consommation qui pousse à toujours plus de goût. Lorsque nous baignons dans la culture du “plus, plus, plus”, nous ne parvenons plus à distinguer ce que nous sommes de ce que nous consommons. Surtout, nous nous éloignons de notre nature véritable. Un retour à l’essentiel me semble important. Sublimer, plutôt que de masquer la vrai nature des choses. Et ce, en cuisine comme dans tous les aspects de la vie.

 Avez-vous déjà essayé de cuisiner consciemment ? Ne croyez pas qu’il s’agisse là d’une pratique réservée aux méditants confirmés. S’il est effectivement plus facile de rester présent dans l’instant avec la pratique de la méditation, tentez l’expérience quelle que soit votre chemin de méditant ! Croyez-moi, vous saisirez aussitôt les joies de la cuisine en conscience. Qu’en dites-vous ?

 Lisez aussi : Méditer en plein air, une solution pour baisser votre stress

 

 

 

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Cet article comporte 2 commentaires
  1. La cuisine faite avec l’intention du cœur est bien la meilleure ;). Au delà du bienfait pour soi dans cette pratique méditative du quotidien, elle permet de transmettre une intention et une énergie positive à ceux avec qui on la partage.
    Les enfants sont très réceptifs à l’identification des goûts et des épices, c’est notre petit jeu à table pour les initier à manger en pleine conscience . Si ça intéresse d’autres lecteurs pour leurs enfants, allez voir l’un de mes articles : Apprendre-a-manger-sain-aux-enfants sur mon blog
    merci pour cet article riche de sens

    1. Christophe Lorreyte dit :

      Merci Virginie pour ce complément d’information. Tu as raison, il est important d’apprendre aux enfants, dès le plus jeune âge, le goût et le plaisir de manger sainement.

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