Zazen Dôgen Christophe Lorreyte.fr

Qui était Maître Dôgen ? Sa vie, son oeuvre

Maître Dôgen est le fondateur de l’école Sôtô du bouddhisme zen au Japon. Après un voyage en Chine, il introduisit la méditation zazen dans son pays. Il est considéré comme l’un des plus grands penseurs de l’histoire du Japon et est l’un des plus grands maîtres du bouddhisme japonais. Philosophe et poète, son œuvre considérable continue d’imprégner la spiritualité dans le monde entier.

Qui était Maître Dôgen

Maître Dôgen était un moine en apparence extrêmement austère mais d’une extraordinaire modernité, et d’une incomparable ouverture de cœur et d’esprit. Il était sincère, simple, humble et avait également beaucoup d’humour. Quand l’empereur lui offrit la robe patriarcale, il écrivit : « Si un vieux moine ici portait le kashaya pourpre, les singes et les grues se riraient de lui ! »

Dôgen eut, au fil de l’enseignement de ses différents maîtres, un itinéraire spirituel complexe où de nombreux éléments se mêlaient (poésie, école scolastique Tendai, Rinzai zen, Sôtô zen). Pour lui, il n’existe qu’une voie, la grande voie des éveillés et des patriarches. Dans le chapitre Butsudô (la Voie de l’Éveillé) il dit : « La voix bouddhique doit être une ». Pour lui, il ne doit pas exister dans la Voie de l’Éveillé d’appellations pour les écoles particulières, y compris l’école du zen, et à plus forte raison pour les courants dans le zen (le sôtô, le rinzaï…).

Maître Dôgen n’a jamais été sectaire et l’on retrouve dans ses écritures toutes les traditions (petit Véhicule, grand Véhicule…). Son aspiration la plus profonde était sa quête de la cessation des souffrances et la recherche de la grande Paix pour tous les êtres.

Dôgen écrivit des œuvres d’importance majeure pour le Zen comme pour le bouddhisme en général. Cela va de courts écrits décrivant la pratique Soto jusqu’au Shôbôgenzo, œuvre majeure réunissant des essais analytiques dans une prose géniale. Il ignorait les théories bouddhistes accumulées depuis 1500 ans et s’appliquait à restaurer le dharma.

Voici son histoire…

méditation zen

Enfance de Maître Dôgen

Maître Dôgen est né le 2 janvier 1200 à Uji, un petit village dans la banlieue de l’actuelle Kyôto. A cette époque féodale, le Japon traverse alors une période difficile d’instabilité politique. En effet, le pouvoir est partagé entre le shogun, qui détient le pouvoir militaire, établi à Kamura et l’empereur installé à Kyôto. Le père de Dôgen, Koga Michichika, descendait de l’empereur Murakami (947-967). Il faisait partie du clan des Minamôto et était un prince influent à la cour impériale. Sa mère était la fille de Fujiwara Môtôfusa, haut fonctionnaire et poète de la cour impériale. Dôgen naquit donc dans une famille aristocratique.

Malheureusement, son père mourut alors que l’enfant était âgé de deux ans, puis sa mère lorsqu’il avait sept ans. Sur son lit de mort, sa mère, Ishi, lui demanda de devenir moine afin d’aider au salut de tous les êtres. C’est aux funérailles de sa mère qu’il réalisa, en observant la fumée des bâtons d’encens s’élever au-dessus du temple, la nécessité de dépasser le monde des apparences afin de trouver la juste vérité et comprit ce qu’était l’impermanence. Il fut alors recueilli par l’un de ses oncles, Minamoto Michitômô, un poète renommé qui l’initia à la poésie. Le jeune Dôgen reçut l’éducation que recevaient tous les enfants de familles nobles et ne manqua de rien. Malgré cela, il passa une enfance malheureuse et solitaire.

Rencontre avec la voie

Au bout de quelques années, il décida de quitter le mont Hiei. Ses pas le menèrent au monastère Kennin-ji. Il rencontra alors maître Eisai (1141-1215) qui enseignait le zen Rinzai depuis son retour d’un voyage en Chine. A la mort de celui-ci, il devint le disciple de Myôzen Ryônen, successeur d’Eisai. Il pratiqua assidument le zen et apprit les textes bouddhiques. Cependant, toujours insatisfait de son enseignement, il demanda à son maître de partir aux sources du bouddhisme authentique en Chine à la recherche de nouveaux maîtres et afin de faire sa propre enquête sur le tch’an.

Maître Dôgen

Dans sa treizième année, bien que son oncle en fasse son héritier, Dôgen décida de suivre la voie de l’éveil et partit pour le monastère Enryaku-ji au mont Hiei, près de Kyôto. Il y reçut l’ordination de l’abbé Kôen (1145-1216) de l’école Tendaï japonaise et étudia les enseignements bouddhiques. Il y pratiqua le chih-kouan, forme de méditation proche du zen, mais qui s’accompagnait de cérémonies ésotériques. C’est dans cette école que Dôgen se posa le plus de questions et douta le plus. L’école, en pleine décadence, prônait les grandes cérémonies et l’ascétisme, deux notions assez antinomiques. Bien que se concentrant sur sa pratique avec le plus grand sérieux, Dôgen n’arrivait pas à se réaliser et avait besoin de réponses aux nombreuses questions qu’il se posait.

Voyage en Chine

Il quitta le Japon le 22 février 1223, en compagnie de son ami Myôzen et de deux autres moines pour un voyage fort périlleux. Arrivés en Chine, ils se séparèrent. Dôgen partit en pèlerinage dans les monastères de la province de Tchö-Kiang, en quête d’un maître. Ses premières impressions au contact des moines chinois étaient mauvaises, en particulier le non-respect des lois d’hygiène de la bouche (pratiquées au Japon) qui rendait leur haleine nauséabonde.

Au bout de 2 ans de recherches infructueuses, sur le point de retourner au Japon, il vécut un épisode marquant rapporté (plus tard) par son disciple Ejô. Il rencontra un très vieux moine chef cuisinier (tenzo) qui faisait sécher des champignons dans la cour d’un temple. Très âgé, l’homme travaillait courbé et tête nue sous un soleil brulant. Conformément aux préceptes de la Loi bouddhique, Dôgen lui exprima sa peine à le voir travailler dans de telles conditions à un âge avancé. Le vieux moine lui répliqua : “Pourquoi attendrai-je un autre moment ?” Il lui expliqua que le soleil était nécessaire au séchage des champignons et que, s’il attendait un temps plus frais, il pourrait pleuvoir et les champignons ne sécheraient pas.

Dôgen lui suggéra de laisser d’autres moines plus jeunes préparer le repas à sa place. Le moine lui répondit qu’être Tenzo était la pratique de ses vieux jours et qu’il était hors de question de laisser cette tache accomplir par d’autres puisqu’elle lui incombait. Dôgen insista en lui demandant pourquoi un vénérable moine de son âge faisait un travail aussi harassant plutôt que d’étudier les sutras. Le vieux moine éclata de rire et lui répondit : « Jeune ami venu de l’étranger, vous semblez bien ignorant de ce que signifient la pratique et l’enseignement du bouddhisme ! » Il lui proposa de lui rendre visite dans le temple de son maître, puis le salua.

Dôgen, très marqué par cette rencontre, finit par se rendre au temple de Nyojo sur le mont Tendo, dans le Minshu en 1225. Ce temple suivait la tradition Caodong qui, au Japon, deviendra plus tard l’école Sôtô.

Le Satori de Maître Dôgen

Il retrouva alors le vieux tenzo qu’il pressa de questions. Les réponses de celui-ci lui semblèrent dans un premier temps hermétiques. Au cours d’une conversation, il lui demanda : « De quelle manière doit-on lire les sutras? », le vieux tenzo lui répondit en riant « 1-2-3-4-5 » Et Dôgen demanda encore : « Comment faire pour étudier la Voie, le véritable bouddhisme? » Le moine répondit : « Nulle part la Voie n’est dissimulée. » Dôgeninsista : « Comment faire pour étudier les sutras, le véritable bouddhisme » Le vieux moine répéta : « 1-2-3-4-5 ». De fait, lorsqu’il eut compris, ce vieux moine incarna pour lui le bouddhisme authentique, lui faisant comprendre l’importance du travail, de la pratique corporelle et de l’ensemble des actes de la vie.

Dôgen rencontra également dans ce temple le maître de sa vie : Tendô Nyojô (1163-1228) de l’école Sôtô (Caodong en chinois). Ce fut une rencontre décisive et fondatrice pour Dôgen. Maître Nyojo était un être exigeant et rigoureux. Un jour, au cours d’une méditation nocturne, Dôgen reçut un grand choc. Alors qu’il était assis en zazen, son voisin s’endormit sur son zafu. Dans le calme du dojo, Nyojo d’une voix forte s’écria : « Rejetez le corps et l’esprit ! » Et il frappa fortement le moine avec sa sandale, le faisant tomber de son siège. A l’écoute de ces quelques mots, l’esprit de Maître Dôgen subit une révolution intérieure. Après le zazen, il rendit visite à son maître dans sa chambre et lui dit : « J’ai abandonné le corps et l’esprit ». Nyojo lui répondit : « Abandonne de nouveau le corps et l’esprit ».

Maître Dôgen venait de vivre le satori (l’éveil) fondateur. Il resta encore deux ans auprès de Nyojo, puis son maître lui indiqua qu’il était alors temps de transmettre à son tour l’enseignement du bouddhisme en aidant les autres à s’éveiller à la vérité universelle de Bouddha. Il lui conseilla de demeurer au large des villes, des rois et de leur cour, de s’installer dans les montagnes. Par ailleurs, il lui dit : « Ne transmets l’essence du Zen qu’à celui qui est un vrai chercheur de bodhi (éveil). » Dôgen reçut un késa qui avait appartenu à un grand maître et retourna au Japon.

type de méditation

Retour au Japon

De Chine, Dôgen ne ramena que la pratique du zazen, (seulement s’asseoir) telle que la lui avait enseignée son maître. Dôgen s’installa d’abord à Kennin-ji au temple de Myôzen, son premier maître avec lequel il était parti en Chine et qui était mort pendant le voyage. Il fut choqué du luxe qui y régnait et par l’incompréhension de ses anciens condisciples. C’est dans ce temple qu’il écrit son premier recueil : le Fukanzazengi (les règles universelles pour la pratique du zazen). C’est le point essentiel de son enseignement : seulement s’asseoir dans une posture exacte sans rechercher quoi que ce soit, en laissant passer les pensées comme des nuages dans le ciel.

Le temple Kosho-ji

Puis Maître Dôgen quitta le temple de Kennin-ji et s’installer successivement dans trois temples, tous situés dans la région de Kyôto. En 1236, grâce à des donations, il construisit le premier monastère zen véritablement indépendant du Japon, le temple de Kosho-ji. Il y commença la rédaction des premiers chapitres de son œuvre monumentale : le Shobogenzo (le Trésor de l’œil de la Vraie Loi), exprimant ainsi par écrit (durant 23 années) sa vision philosophique et religieuse.

Entre 1233 et 1243, de nombreux disciples le rejoignirent et suivirent son enseignement. Sa renommée grandissait chaque jour un peu plus au Japon. Il incitait à pratiquer assidûment et profondément comme le lui avait enseigné son maître Nyojo. La jalousie des moines du mont Hiei enfla au point qu’en 1243, ils tentèrent d’incendier son temple de Kosho-ji.

Dôgen décida alors de quitter l’agitation des villes et, grâce à l’appui d’un disciple laïc, seigneur de la province d’Echizen dans le nord-est du pays, sur la côte de la mer du Japon, il construisit un nouveau temple, qu’il baptisa plus tard Eihei-ji (temple de la paix éternelle).

Dans le calme de la montagne, il continua à enseigner le zen à ses disciples et poursuivit l’écriture du Shôbôgenzô. Des seigneurs lui proposèrent de lui construire de grands monastères afin de recevoir son enseignement « privé ». Il refusa toute sa vie, préférant la solitude et une vie modeste. Il continua à écrire et à pratiquer le zazen jusqu’en 1252 où, âgé seulement de cinquante-deux ans, il tomba gravement malade. Il se rendit à Kyôtô pour se faire soigner, sans succès. Il s’éteignit le 22 septembre 1253 au temple de Takatsuji.

Zazen Dôgen

Citations de Maître Dôgen

Si tu ne trouves pas la vérité à l’endroit où tu es, où espères-tu la trouver ?

Je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un ait eu des résultats sans étudier ou atteint la réalisation sans pratiquer

Se connaître soi-même, c’est s’oublier. S’oublier soi-même, c’est s’ouvrir à toutes choses.

Ici et maintenant contient l’éternité, ici et maintenant seul existe.

Si l’on ne regarde qu’un seul côté, l’autre côté reste obscur

Une fleur tombe même si nous l’aimons ; une mauvaise herbe pousse même si nous ne l’aimons pas.

Si vous gardez les poings fermés vous n’obtiendrez que quelques grains de sable. Mais si vous ouvrez les mains, vous obtiendrez tout le sable du désert.

Poèmes zen de Maître Dôgen

Sur les eaux de l’esprit

La lune paisiblement s’épanouit.

Qu’une vague les trouble

Elle pénètre jusqu’au fond

Et la boue devient lumière.

Comme les montagnes dominent

Sur de vastes étendues,

C’est seulement grâce à elles

Que l’on peut chevaucher les nuages,

Ce sont elles qui confèrent l’inimaginable

Privilège de s’élever avec le vent

Impossible de définir

Ce qui est par-delà les mots

Dans le pinceau ne doit même pas rester

Une goutte d’encre.

Même si on l’appelle l’esprit

Il n’a aucune couleur

Qui permettre d’en faire une personne

Telles la rosée ou la gelée blanche

Il est vite évaporé.

L’esprit que tant de gens

Chérissent en ce monde

N’est ému qu’un moment

Par le bruit du torrent dans la montagne

Au crépuscule en automne.

Ne pensez pas que le temps

Qui passe soit semblable

Au vent et à la pluie

Qui se dirigent d’est en ouest.

Le monde entier n’est pas inchangeable

Il n’est pas immuable

Il passe …….

Où qu’il aille, d’où qu’il vienne

L’oiseau aquatique

Ne laisse aucune trace.

Pourtant, jamais,

Il ne perd son chemin.

Pour aller plus loin

Je vous propose de visionner ce superbe film interpréter d’après l’œuvre de OTANI Tetsuo (durée 2 h)

Vous pouvez également visionner un court-métrage que j’ai réalisé et écrit avec Aurélie Compain. Durée : 12 min 30

Résumé : Zazen, une posture d’apparence calme et silencieuse. Mais que se passe-t-il véritablement à l’intérieur de celui qui pratique ? Il y a t-il autre chose que ce monolithe noir posé sur un coussin face au mur ? Eh bien, c’est cette plongée en plein cœur de l’indicible que j’ai décidé de vous faire partager … Une traversée merveilleuse dans l’invisible… Vous allez pénétrer dans un monde où mouvement et calme se côtoient, un monde où l’imaginaire flirte avec le réel, où le paradis côtoie l’enfer, un monde où tout finit par se relativiser et disparaître, un monde d’expérience unique qui améliore la vision du monde, une expérience de la vacuité (cette notion de vide où toute création commence).

Crédits : ©Aurelie Compain – all rights reserved

 

 

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