Duel Miyamoto Musashi

Miyamoto Musashi : Découvrez sa vie

Miyamoto Musashi et la pensée bouddhique

J’ai décidé aujourd’hui de vous conter la merveilleuse histoire du plus célèbre samouraï de l’histoire du Japon : Miyamoto Musashi dont l’histoire a largement dépassé les frontières de son pays et inspiré une multitude d’ouvrages. Son parcours est, à bien des égards, un enseignement bouddhique de grande qualité. En effet, l’esprit de l’art de l’épée (bushido) selon Musashi pouvait s’appliquer à tous les gestes de la vie quotidienne. Par ailleurs, les samouraïs pratiquaient la méditation zen afin d’apprendre à dompter la mort afin de ne plus en avoir peur. Ce qui donne d’ailleurs naissance à de redoutables bretteurs.

Miyamoto Musashi

Miyamoto Musashi : le commencement

Musashi (de son vrai nom Takezô Shinmen) naquit en 1584 dans la province Harima. A cette époque, les guerres civiles faisaient encore rage au Japon alors que le shogun Toyotomi Hideyoshi tentait d’unifier le Japon.

Son grand-père était un escrimeur hors pair. Le seigneur auquel il avait dédié son art, Shinmen Iga-no-kami, lui permit, en récompense de ses grands talents et de sa fidélité, de porter son nom de famille (Musashi a d’ailleurs signé le Traité des Cinq Roues du nom de Shinmen Musashi). Le père de Musashi était connu sous le nom de Muni ou Munisaï. Pour des raisons obscures, peut-être du fait de la jalousie de son entourage, Munisaï quitta le seigneur Shinmen et s’installa dans le village de Miyamoto-Mura situé à proximité. Musashi y serait né et tiendrait son surnom de ce village.

Miyamoto Musashi

Munisaï sombra alors dans l’alcool, répudia la mère de Takesô et de sa sœur Ogin et installa sous le toit familial une nouvelle épouse peu aimante. Le jeune Takezô canalisa alors la colère qu’il nourrit à l’encontre de son père et de sa marâtre (tous les deux maltraitants) en s’entraînant intensivement au maniement du sabre. Son père décéda brutalement quelque temps plus tard. Sa belle-mère s’enfuit alors, laissant les deux enfants seuls et livrés à eux-mêmes. Takesô dut alors défendre sa sœur contre des hommes trop entreprenants. Il les tua et n’eut d’autre choix que de quitter son village. Il fut recueilli par son oncle, un moine et propriétaire d’un monastère.

Takezô Shinmen (Miyamoto Musashi) : le premier duel

Il remporta son premier duel mortel à 13 ans contre un samouraï (Arima Kihei). Celui-ci, voyageant pour perfectionner son art, lança un défi public dans le village voisin de celui de Miyamoto. Ce dernier inscrivit en cachette son nom sur le registre et, quelque temps après, un messager vint au temple pour annoncer que le défi était accepté. L’oncle de Miyamoto, très embarrassé, alla s’excuser auprès du samouraï, compte tenu du jeune âge de son neveu. Sans attendre la fin de la discussion, Miyamoto, armé d’un simple bâton, chargea sauvagement le guerrier. Arima contre-attaqua avec son sabre (wakizashi), mais il chuta. Musashi le frappa alors avec force entre les deux yeux et le tua. Musashi était en effet doué d’une force physique extraordinaire.

Selon la légende, à la suite de cet épisode, Musashi croisa la route du moine Takuan Sôhô, personnage iconoclaste par son enseignement et rebelle. Celui-ci jugeant Musashi trop violent, tenta de transformer la bête sauvage en lettré. Pour ce faire, il l’enferma dans un grenier avec pour seule compagnie une pile de livres et de rouleaux de soutras. Furieux, Musashi chercha d’abord à s’enfuir et se rebella, puis, n’y parvenant pas et l’ennui le gagnant, il se pencha sur les lectures qui lui étaient proposées et forgea la pensée qui le guida durant toute sa vie.

Les duels et combats

En 1600, à la bataille de Sekigahara, il décima à lui seul un bataillon. Malheureusement, cette bataille fut perdue et il fut laissé pour mort sur le champ de bataille. Remis de ses blessures, il erra alors sans but durant plusieurs mois et devint alors (comme son père) un rônin (Samouraï sans maître).

Il reprit son errance sur les routes du Japon et ce n’est que quelques années plus tard qu’il réapparut sous le nom de Miyamoto Musashi. De combats victorieux en combats victorieux, sa réputation enfla dans tout l’archipel. Il participa avec succès à plus de 60 duels dont finalement peu seront à mort car, dans la majorité d’entre eux, il utilisera un sabre en bois (bokken). L’une de ses ruses consistait à arriver en retard pour énerver l’adversaire et lui faire perdre ses moyens. Il s’appliquait à progresser chaque jour dans la “Voie du Sabre”. Plus qu’un simple art martial, il s’agissait pour lui d’une philosophie de vie appliquée à chaque chose de vie.

Miyamoto Musashi

Parmi tous ses duels, l’un d’entre eux apporta à Miyamoto Musashi une très forte notoriété. En effet, en mars 1604, il provoqua en duel Yoshioka Seijûrô, maître de l’école de sabre Yoshioka, l’une des huit plus importantes écoles d’arts martiaux de Kyoto. Musashi, à son habitude, arriva en retard, ce qui irrita (et déconcentra) son adversaire. En un seul coup porté à l’épaule, il le désarma et le rendit infirme. Le frère du vaincu, Yoshioka Denshichirô, défia à son tour Musashi. Encore une fois, Musashi arriva en retard et désarma son adversaire. Le prestige de l’école Yoshioka était entamé et, pour redorer son blason, la famille entière, outragée, réunit de nombreux archers, des duellistes et de fines lames pour en finir par tous les moyens avec Miyamoto Musashi. Le duel fut organisé près du Temple d’Ichijoji à la base d’un pin parasol à Kyoto du Nord-Est. Cette fois-ci, Musashi surprit ses adversaires en arrivant très en avance et en passant à l’attaque immédiatement. Face au nombre très important d’adversaires, il utilisa alors ses deux sabres et combattit pour la première fois en utilisant ses deux mains. C’est à ce moment qu’il développa sa technique originale de combat à deux sabres (nitô-ryû) (un sabre long d’une main et un sabre court de l’autre).

Son combat final (1612) en fit irrévocablement une légende (une statue commémore encore aujourd’hui cet affrontement légendaire). Il eut lieu sur une île face à Sasaki Kojirô, l’autre meilleur sabreur de son temps (surnommé le démon des provinces de l’ouest) qui s’entraînait en découpant des hirondelles en plein vol. Celui-ci arriva armé d’un sabre à deux mains (nodachi), protégé d’une armure et accompagné de ses élèves. Musashi arriva encore une fois en retard, dans une tenue plus que négligée, les cheveux hirsutes, avec pour seule arme un sabre de bois confectionné à partir d’une rame durant la traversée en bateau le menant au lieu du rendez-vous. Le combat dura quelques secondes et la vie de Sasaki se rompit en même temps que les cordes du koto joué par une jeune femme.

Miyamoto Musashi
Miyamoto Musashi

La retraite de Miyamoto Musashi

En 1637, il entra au service du seigneur Ogasawara et combattit sous sa bannière les révoltés chrétiens de Shimabara. En 1640, il devint instructeur de la puissante famille Hosokawa de Kumamoto.

Considéré comme imbattable, Musashi se retira peu à peu du monde des samouraïs puis du monde tout court. Cette période coïncida avec la fin des royaumes combattants et l’unification d’un Japon pacifié par la dynastie des Tokugawa (époque d’Edo).

En 1643, âgé de 59 ans, usé par ses années d’errance et de combat, il décida de partir en retraite sur le mont Iwato (près de Kumamoto). Il s’installa dans la grotte de Regandô et commença à rédiger son œuvre maitresse, un ouvrage de stratégie, Gorin no sho (Traité des 5 roues). Ce traité porte sur les arts martiaux, et plus particulièrement l’escrime. Mais les principes qu’il énonce trouvent aussi à s’appliquer à toutes les activités de nature stratégique, à tous les gestes de la vie quotidienne. Cet ouvrage est considéré comme un classique de la littérature universelle.

Son oeuvre en général

Ses créations littéraires et picturales

Il semblerait que sa philosophie soit marquée par deux courants. D’une part le courant Shingon (moine Kukaï 806 ap.J.C) prônant l’expression du bouddhisme au travers de l’art et enseignant que, par une méditation constante, les cinq éléments de l’univers indissociables finissent par s’unir et alors l’éveil apparait (dans la structure extérieure de son œuvre majeure, le traité des cinq roues, ces cinq éléments sont repris, interagissant les uns avec les autres). Et d’autre part, le bouddhisme zen pour son contenu.

En effet, Musashi insistait sur le fait de tout expérimenter soi-même plutôt que de suivre les préceptes d’autres, fussent-ils d’illustres maîtres. Avec ce type de pratique, Musashi affirmait que l’on gagnait profondément en connaissance et que, de la connaissance réelle, venait la liberté.

Ce principe est ce que j’applique dans ma vie quotidienne et je peux ainsi, en toute liberté, ne jamais cessé d’être créatif. Je peux donc proposer ma version personnelle du monde. Innover, créer, expérimenter et ne jamais copier, telle est ma devise, qu’il s’agisse de cuisine, d’arts martiaux ou d’approche pratique de la méditation, j’épure et vais à l’essentiel.

Miyamoto Musashi
Miyamoto Musashi

Mais revenons à Musashi et au Traité des cinq roues ou Traité des cinq cercles. Il est découpé en cinq chapitres, un pour chaque élément primordial : la Terre, l’Eau, le Feu, le Vent et le Vide, élément-clé des philosophies extrême-orientales. Le livre du Feu est lui-même divisé en trois parties correspondant aux trois armes principales utilisées par ses adversaires : la lance, le kusarigama (un instrument de cultivateur transformé en arme) et le bâton.

Le titre fait référence aux cinq étages des monuments funéraires bouddhiques (gorintô) qui représentent les cinq éléments de la tradition japonaise (ne pas confondre avec les cinq éléments chinois que l’on retrouve en Médecine Traditionnelle Chinoise : le feu, la terre, le métal, l’eau et bois) :

  • Terre : grandes lignes de la tactique,
  • Eau : se forger physiquement et spirituellement,
  • Feu : tactique à appliquer dans les duels et les grandes batailles,
  • Vent : critique des autres écoles de sabre,
  • Vide : un énoncé de l’idéal du samouraï.

Egalement peintre, c’est aussi à cette époque qu’il exécuta ses plus belles peintures. Calligraphe et peintre reconnu, on peut de nos jours encore admirer ses œuvres. 

Miyamoto Musashi

Miyamoto Musashi et l’école des deux cieux

Devenu un maître d’armes réputé, il créa également une école d’escrime (ryû) nommée tout d’abord École des deux sabres (Niken ryû), puis École des deux cieux (Niten ryû). Cependant, l’utilisation simultanée de deux sabres (l’un court, l’autre long) avait peu d’audience auprès de l’empereur. Ce style hors du commun ne perdura pas. Aujourd’hui son école existe toujours Hyôhô Niten Ichiryû (Première École des Deux Cieux). La transmission est assurée par une lignée de maîtres descendant directement des disciples de Musashi qui enseignent la technique, mais également l’esprit du fondateur car celui-ci authentifie le geste.

Miyamoto Musashi et le Dokkodo (La Voie à suivre seul)

Miyamoto Musashi

Deux ans plus tard, il écrivait le Dokkodo (La Voie à suivre seul), sorte de testament délivrant les préceptes suivants :

  •  Ne pas contrevenir à la Voie immuable à travers les temps.
  •  Éviter de rechercher les plaisirs du corps.
  •  Être impartial en tout.
  •  N’être jamais cupide.
  •  N’avoir aucun regret dans les affaires.
  •  Ne jamais jalouser autrui.
  •  Ne jamais être attristé par toutes séparations.
  •  N’éprouver aucune rancune ou animosité vis-à-vis de soi ou des autres.
  •   N’avoir aucun désir d’amour.
  •   N’avoir aucune préférence.
  •   Ne jamais rechercher son confort.
  •   Ne jamais rechercher les mets les plus fins afin de contenter son corps.
  •    Ne jamais s’entourer, à aucun moment de la vie, d’objets précieux.
  •    Ne pas reculer pour de fausses croyances.
  •    Ne jamais être tenté par aucun objet autre que les armes.
  •    Se consacrer entièrement à la Voie sans même craindre la mort.
  •    Même vieux, n’avoir aucun désir de posséder ou d’utiliser des biens.
  •    Vénérer les bouddhas et divinités mais ne pas compter sur eux.
  •    Ne jamais abandonner la Voie de la tactique.

Les derniers moments de Miyamoto Musashi

Sentant sa fin approcher, il décida de pratiquer intensivement la méditation. Il comprit alors que tous les principes qu’il avait appliqués dans les duels pouvaient également être utilisés, non seulement en stratégie militaire mais également dans tous les aspects de la vie.

 Personne ne put reprendre le flambeau d’une technique qui n’appartenait qu’à lui. Lorsqu’il mourut à l’âge de soixante-deux ans, ses dernières volontés furent d’être placé, revêtu de son armure dans…un tonneau !

L’influence de Miyamoto Musashi jusqu’à nos jours

La légende de Miyamoto Musashi a tellement marqué l’histoire du Japon que de nombreux films retracent sa vie, ainsi que des pièces de théâtre. Qu’il soit le sujet du récit ou une source d’inspiration pour d’autres personnages, nombreux sont les cinéastes qui lui ont rendu, et lui rendent encore aujourd’hui hommage. Il a également inspiré de nombreux mangas et jeux vidéo.

Les célèbres romans d’Eiji Yoshikawa “La Pierre et le Sabre” et « la parfaite lumière » sur la vie de Miyamoto Musashi furent et sont encore aujourd’hui des best-sellers internationaux.

Le traité des cinq roues est également une référence dans le monde des affaires dans lequel il est conseillé d’utiliser les 9 principes qui en sont issus :

  1.  Éviter toutes pensées perverses.
  2.  Se forger dans la voie en pratiquant soi-même.
  3.  Embrasser tous les arts et non se borner à un seul.
  4.  Connaître la voie de chaque métier, et non se borner à celui que l’on exerce soi-même.
  5. Savoir distinguer les avantages et les inconvénients de chaque chose.
  6. En toutes choses, s’habituer au jugement intuitif.
  7. Connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas.
  8. Prêter attention au moindre détail.
  9. Ne rien faire d’inutile.
Miyamoto Musashi

Citations extraites des écrits de Musashi

Miyamoto Musashi

Qu’il s’agisse d’un corps grand ou d’un corps petit, on doit posséder un esprit droit et il est important de conserver un esprit dégagé de tout sentiment de faiblesse vis-à-vis de soi-même.

L’eau est une très bonne image pour faire comprendre notre principe. Il faut rendre notre esprit semblable à l’eau. L’eau prend la forme des récipients qui la contiennent, qu’ils soient carrés ou ronds. L’eau peut se réduire à une goutte ou atteindre la taille d’un océan. L’eau qui se trouve au fond des gouffres profonds a une couleur d’un vert pur.

Depuis ce moment-là je n’ai plus aucune Voie à rechercher et le temps a passé. J’ai appliqué les principes (avantages) de la tactique à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je n’ai de maître.

Lorsque l’on possède complètement une théorie alors il faut s’en détacher.

L’action d’un expert semble lente, mais il ne s’écarte jamais du rythme.

Pour passer en pleine mer, il faut parfois franchir des détroits ou bien des vastes mers de 100 ou 200 km et au long de ce parcours on aura à traverser des moments critiques. De même dans notre traversée du monde, nous aurons à traverser des moments critiques dans notre vie. Pour qu’un bateau puisse bien suivre son chemin il faut connaître les courants critiques, bien connaître la position du bateau et la météorologie. Ainsi ce bateau peut naviguer par ses propres moyens, sans l’aide d’aucun autre bateau-compagnon.

Forgez-vous bien du matin au soir et polissez-vous bien. Et ainsi vous obtiendrez l’aisance, parviendrez sans effort au prodige, à l’extraordinaire. Tout cela est à la base de l’exécution de la Loi par la tactique.

Lorsque je réfléchis à ce que doit être un samouraï, je suis convaincu qu’il doit être intime avec l’idée de la mort, mais la Voie de la mort n’est pas le seul fait des samouraïs. Les bonzes eux-mêmes, les femmes, les paysans, même les gens appartenant aux plus basses classes de la société doivent savoir décider de leur mort face à leur devoir ou à la honte. En ce sens il n’y a aucune différence entre les samouraïs et eux. Mais les samouraïs, quant à eux, poursuivent en plus la Voie de la tactique. Ils se doivent d’être supérieurs en tout à leurs adversaires. Ou bien ils gagnent dans un combat singulier, ou bien ils sortent vainqueurs d’une bataille.

haïku de Christophe Lorreyte (03/18)

Disciple de Bouddha

Ronin de la voie du zen

Ainsi je chemine

Pour aller plus loin, si Miyamoto Musashi vous a séduit, voici la bande-annonce du film épique d’INAGAKI Hiroshi réalisé en 1954 mais restant encore un merveilleux témoignage et un film très prenant.

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