Le jeune homme et la vieille dame

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Un jeune homme errait dans les rues de son village. Il était dévasté par la tristesse : sa belle, sa tant aimée venait de le quitter. Elle le lui avait dit sans équivoque : leur histoire était terminée. Désemparé, il tourna les talons et claqua la porte de l’appartement. Pendant plusieurs heures il arpenta les rues de son village sans but, le dos courbé. Absorbé par sa tristesse, il ne remarqua pas la vieille dame qui l’observait à chaque fois qu’il passait devant sa fenêtre. À la tombée de la nuit, il rentra chez lui : sa belle était partie. Ce soir-là, il s’endormit, enveloppé d’une tristesse lourde, suffocante.

Au petit matin suivant, le jeune homme se réveilla étranglé par la colère. “Comment a-t-elle pu me quitter ainsi, moi qui lui ai tout donné ?” se répétait-il en boucle. Il enfila son manteau et partit errer dans son village, le dos courbé. Il marmonna, il grommela. Où qu’il aille, son regard ne quittait pas le sol. De nouveau, il passa et repassa devant la fenêtre de la vieille dame qui l’observait et le voyait bien accablé. “Je vais lui préparer le thé, se dit-elle. Lorsqu’il lèvera la tête, je l’inviterai à se réchauffer.” À la tombée de la nuit, il rentra chez lui, désœuvré. Ce soir-là, il s’endormit agité par la colère qui ne l’avait pas quitté.

Au petit matin suivant, le jeune homme se réveilla fou de rage. “Elle n’a jamais mérité mon amour, comment ai-je pu l’aimer ainsi ?”. Il enfila ses chaussures et se rua à l’extérieur de son appartement. Sa furie lui courbait l’échine et il parcourut les rues et les ruelles de son village avec la démarche d’un grand-père. Lorsqu’elle l’aperçut, la vieille dame mit l’eau à bouillir et prépara le thé. Mais comme les deux jours précédents, le jeune homme ne l’aperçut guère et rentra chez lui, à la tombée de la nuit. Ce soir-là, il s’endormit rongé par sa rancœur.

vieille femme - Le jeune homme et la vieille dame

 

Ce manège dura une année entière. Chaque jour, la colère du jeune homme s’amplifiait et son dos se courbait davantage. Chaque jour, la vieille dame attendait qu’il passe devant sa fenêtre et préparait le thé, patiemment.

Le matin de Noël, le jeune homme se prépara pour aller ruminer sa colère dans les rues de son village. Lorsqu’il mit le nez dehors, les rires des enfants excités par leurs nouveaux jouets lui firent lever la tête. Face à lui, derrière sa fenêtre, le visage de la vieille dame s’illumina d’un immense sourire. Sans attendre, elle lui fit un signe de la main pour l’inviter à boire le thé. Le jeune homme hésita un instant puis s’approcha de sa maison. Lorsqu’elle ouvrit la porte, il se sentit enveloppé par la chaleur du feu de bois, par le regard bienveillant de la vieille dame, par l’odeur douce du thé qui fume. Il entra, déposa son manteau et un frisson de réconfort lui parcouru le corps. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas ressenti ça. 

La vieille dame put lire l’apaisement sur le visage du jeune homme. Elle attendit qu’il la regarde pour lui dire enfin : “Jeune homme, votre dos se porterait bien mieux aujourd’hui si vous aviez levé la tête plus tôt. La colère vous a rabougri, la tristesse vous a ratatiné. La prochaine fois que vous vivez une grosse colère, accueillez-la assez de temps pour qu’elle ne vous envahisse guère, puis laissez-la partir comme elle est arrivée. Pardonnez ceux qui vous ont blessé. Et surtout, ne restez pas tête baissée. Regardez autour de vous, d’autres âmes sauront soulager la vôtre si vous leur portez attention.”

Elle posa sa main sur son épaule. Ému par ce contact chaleureux, le jeune homme déversa toutes les larmes qu’il avait trop longtemps contenues. Lorsqu’il se sentit calmé, il la remercia chaudement. Il rentra chez lui, le coeur enfin léger.

Lorsqu’il sortit de chez lui le lendemain matin, tout semblait avoir changé. Le menton relevé, le jeune homme vit de nouveau les couleurs de son village. Mais surtout, il vit le sourire de la vieille dame assise derrière sa fenêtre. Ce soir-là, il déposa de très belles fleurs et un mot devant sa porte. Il disait : 

“Cette année, j’ai reçu le plus beau des cadeaux de Noël. Un sourire sincère, une épaule bienveillante et une tasse de thé ont su calmer des souffrances que je croyais gravées à jamais. Dorénavant, j’apprendrai à pardonner, je laisserai passer mes blessures et je distribuerai des sourires à ceux qui ont la tête baissée.”

Chers lecteurs, que vous vous reconnaissiez dans le rôle du jeune homme ou de la vieille dame de ce conte, cette année pour Noël faites-vous le cadeau du moment présent. Ainsi, vous cesserez de ruminer les douleurs du passé pour apprécier les douceurs de l’ici et maintenant. Ainsi, vous pourrez faire preuve de plus de compassion, d’écoute véritable et de sincère empathie.

 Pour ma part je vous souhaite, à toutes et à tous, un très joyeux temps des fêtes, illuminé par l’esprit de la méditation.

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